Issu d’une famille souverainiste et désireux de conserver notre caractère distinct français, Éric Lanthier a voté OUI au dernier référendum sur le partenariat en 1995.
Malgré le rêve de nombreux Québécois, le Parti Québécois a contribué, au désillusionnement d’un nombre important de nationalistes. Ce nombre est important puisque les souverainistes ont besoin de tous les appuis pour obtenir un référendum gagnant. Malgré la remontée du Bloc aux dernières élections fédérales, le PQ ne pourra jamais gagner un référendum sur la souveraineté dans la conjoncture actuelle. Pour le faire, il doit absolument réussir à convaincre les Conservateurs aspirant, pour bon nombre d’entres eux, à vivre en maître chez eux. J’entends ici par Conservateurs, tous ceux qui veulent que l’individu soit responsabilisé au profit de la communauté. Pourtant, un nombre intéressant de Conservateurs aspirent à vivre en maître chez eux. Fait à noter : ils le désirent à condition que l’État limite ses intrusions indues. Ceux-ci désirent contribuer à la société civile, voire l’enrichir, la stimuler, et même, la relancer. C’est pourquoi, bon nombre de Conservateurs souhaiteraient que le PQ fasse preuve de plus de rigueur démocratique. Or, en démonisant les Conservateurs, la gauche prive la société québécoise d’un apport démocratique sans précédent. Erreur de parcours ou négligence? Il n’en demeure pas moins que la cause souverainiste risque de plafonner encore bien longtemps.
Conditions perdantes
À plus ou moins 30 000 voix de faire du Québec un pays, la question des conditions gagnantes a hanté bon nombre de souverainistes. En l’espace de quelque temps, les Québécois n’ont vu que du feu. Le gouvernement péquiste a fait ses choix. Croyant tout régler d’un coup, le gouvernement Bouchard-Landry n’a pu s’empêcher d’implanter avec empressement ces soi-disant conditions gagnantes que voici :
- assimiler les votes ethniques en intégrant les communautés culturelles dans une école uniforme, commune, publique, ouverte à tous
- maximiser l’adhésion des hommes d’affaires au projet souverainiste par le déficit zéro
- imposer un virage ambulatoire visant uniquement à devenir crédible aux yeux des néo-libéraux
- stabiliser les humeurs de la fonction publique pour conserver une base solide à gauche
- favoriser les féministes et les femmes sur le marché du travail (au détriment des femmes au foyer) en ouvrant des garderies subventionnées par l’État
- favoriser le pouvoir rose en instaurant le statut d’union civile pour les conjoints de même sexe
- forcer les villes à se fusionner en un temps record et ce, sans leur consentement, voulant laisser-croire qu’il est un parti responsable.
En implantant de telles mesures, les pontifes souverainistes ont sous-estimé la capacité de réfléchir des Québécois. Ils ont par le fait même méprisé leur liberté d’expression. Pour le PQ, la fin justifiait les moyens. Par excès de négligence, ils ont assumé que les Québécois étaient suffisamment à gauche pour les suivre aveuglément. Ce qui fut instauré à titre de «conditions gagnantes» s’est plutôt avéré être un amalgame de conditions perdantes. Conséquences déplorables : le judéo-christianisme n’a plus d’influence en milieu scolaire, les parents ont perdu leur autorité en matière d’éducation, les femmes au foyer n’ont presque plus d’allocations familiales et quoi encore? Dans cette foulée, sous le règne du PQ, la démocratie, s’est limitée à la bonne humeur de l’État. Cette bonne humeur s’est malheureusement exprimée sur le dos des Conservateurs. Malgré qu’elle favoriserait l’émergence d’un nouveau monde, d’une nation autoproclamée, cette tactique habilement manoeuvrée a contribué à l’effritement démocratique de ce pays en devenir. Bon nombre de Québécois furent conscients de la manœuvre. C’est pourquoi, en 2003, la clairvoyance des Québécois a eu le dessus sur la négligence du PQ. Effectivement, le désir de changement pouvait se traduire en volonté de restreindre l’ingérence de l’État et favoriser l’initiative civile. Or, le débat des chefs a donné préséance au premier sur le second.
L’apport démocratique
Les Conservateurs stimulent la société à prendre conscience des valeurs indispensables à une société en santé, telles : l’altruisme, l’initiative, le don de soi, le respect des champs de compétences, la délégation des pouvoirs, la subsidiarité, le souci de l’ordre et de la sécurité, le sens de l’entrepreneurship et la permanence de valeurs universelles et historiques. Sans l’apport des Conservateurs, l’État aurait tendance à prendre trop de place. Effectivement, les Conservateurs contribuent à produire un véritable effet de balancier. Ce balancier rappelle à l’État de limiter son ingérence dans ce qui relève de la société civile et des institutions naturelles qui la composent. La preuve en est que lorsque les Conservateurs sont muselés par les commanditaires d’une « pseudo-force » médiatique, l’emprise de l’État tend à s’accroître. Cette force virtuelle semble intimider pour l’instant certains Conservateurs repliés sur leurs croyances en vase clos.
Repli défensif
Malheureusement et inconsciemment, ce repli sur soi isole du monde extérieur ces Conservateurs plus frileux et peu enclins à se mêler à une famille élargie. Ce repli vient du fait qu’ils sont soumis aux forces de la trappe. Au hockey, la trappe est une stratégie fondée sur la défensive qui oblige les attaquants à se replier dans leur territoire en attendant les erreurs de l’adversaire. Ces hockeyeurs espèrent que l’adversaire manque une passe pour la récupérer. Cette stratégie fonctionne au hockey, mais elle prive les spectateurs d’un match enlevant et captivant. Comme le dit Saint-Paul, non seulement nous sommes appelés à opter pour la défensive mais également pour l’offensive (2 Cor. 6 : 7). Ce repli de certains Conservateurs prive la société québécoise des vertus liées aux valeurs de la droite modérée. Par leurs craintes et leur désir de pureté, bon nombre de Conservateurs contribuent à la montée de l’étatisme. Sans en être conscients, ils contribuent à la perte de valeurs indispensables à la cohérence d’un Québec en santé. Les Conservateurs ont définitivement un rôle à jouer quant à la promotion des valeurs québécoises, telles le mariage historique et universel, la famille, la paternité, la maternité, l’expression publique de la foi, le droit des parents, le droit à la vie, à la dignité humaine, à une justice où la victime cesse de vivre comme un condamné. En promouvant résolument et vigoureusement de telles valeurs, les Conservateurs permettent et contribuent à l’enrichissement de la société civile.
Franchir le centre
Déplorablement, au Québec, le discours dominant ne franchit jamais le champ centre. Effectivement, sur la place publique, lorsque l’on parle du point de vue de la gauche, on est sur la bonne voie. Cependant, dès que la droite s’exprime, elle est tenue de s’excuser, voire se recentrer. Pour le PQ, le centre exclu presque tous les points de vue de la droite sensée. Pourtant, pour tout bon démocrate, le centre est le lieu d’un consensus rassembleur. Le centre invite à la fois la gauche et la droite à s’entendre de façon équitable, de pousser la réflexion à un niveau « quasi orgasmique ». Au PQ, le mépris de la démocratie semble si fort qu’il se limite à éviter le maximum de frustration de la gauche.
Destination ou cul-de-sac
Cette voie d’évitement occasionnée par une négligence flagrante et un manque de rigueur éhontée place le mouvement souverainiste sur un accotement perpétuel. Or, le seul moyen d’arriver à bon port est de choisir, au tout début, une voie conduisant à la destination désirée. Une fois engagé, il se peut que les conducteurs réalisent qu’ils n’arriveront pas au point visé. L’option est de changer d’itinéraire. Pour ce faire, le conducteur doit s’engager vers une sortie, permettant de changer le trajet et non la destination. Or, pour quitter la route de l’impasse, tout conducteur observateur remarquera que la presque totalité des sorties se trouvent à droite. Ne pas considérer la sortie implique d’aboutir ailleurs que prévu ou tout simplement tourner en rond.
Symptômes et impasse
À cela nous détectons au moins deux symptômes reliés à cette impasse. Mentionnons d’abord le radicalisme intransigeant d’éléments extrémistes. Empêcher les parents d’ouvrir une école correspondant à leurs valeurs est une forme d’intransigeance sociale. Cette intransigeance provient d’un radicalisme de gauche soutenu par une arrière-garde puissante et mystérieuse.
Le second symptôme et non le moindre concerne l’exclusion des penseurs et leaders de dans tous les débats par l’establishment de l’appareil politique, gouvernemental et médiatique. Cette exclusion se fait valoir dans presque tous les débats sociaux actuels. On y tolère certains centre-droits; encore faut-il qu’ils soient en mesure de démontrer qu’ils veulent ramener les Conservateurs vers le centre. Or, par leur négligence, les fins stratèges du PQ, n’ont point réussi à rassurer les Conservateurs.
Source du problème
Ce que les prêtres de l’étatisme et leurs supporters ne réalisent pas c’est qu’ils contribuent à renforcer le radicalisme d’un bon nombre de Conservateurs. S’ils réalisaient qu’en permettant aux Conservateurs de prendre part aux débats de société, ces derniers n’auraient pas le choix de recentrer leur message. Par ce recentrage naturel, les Conservateurs rendraient leurs discours accessibles et comestibles. Les Conservateurs n’auraient d’autre choix que de s’assurer que les dimensions radicales de leurs positions soient révisées et épurées. Étant insouciant des conséquences de leurs stratégies, le PQ contribue à cet extrémisme. Et non seulement le PQ mais les « pseudo forces » médiatiques contribuent également à l’émergence d’extrémistes. En excluant les Conservateurs du débat ou en les décrivant comme des rétrogrades, ils attentent à l’enrichissement de tous les Québécois. Le désintéressement électoral est certainement lié au fait que les Québécois ne se reconnaissent plus dans le discours politique. Serait-ce que les faiseurs d’images sont « déconnectés » des citoyens? Sans débats de fond authentiques, fondés sur les enjeux qui préoccupent le citoyen, comment la société peut-elle progresser? Le seul moyen est de dynamiser la démocratie en invitant les citoyens de toutes allégeances à contribuer à l’enrichissement de la nation québécoise.
Esthablishment Pro-quoi?
Force est de constater que l’establishment du PQ n’a pas su écouter les Québécois. En n’écoutant pas les Conservateurs, le PQ s’aliène un nombre suffisant d’électeurs pour saboter toutes les conditions gagnantes. Le PQ ne peut certes accuser les Conservateurs de ne pas aimer leur pays, puisque c’est lui qui a fermé nos écoles, couper sauvagement les allocations familiales, introduit les privilèges aux conjoints de même sexe sans le consentement des hétérosexuels. Le PQ a donc refusé de tendre la main aux Conservateurs. C’est le PQ qui ne les a pas invités à prendre part au débat (les état-généraux sur l’éducation en sont une démonstration des plus évidente). En ne voulant pas frustrer sa gauche, le PQ fait souffrir les Québécois d’un vide démocratique. Ce vide est réel. Ce vide ne peut demeurer si le Québec aspire à reprendre en main son avenir. Lorsque l’establishment du PQ prendra conscience que ce parti doit s’assurer de défendre les intérêts d’un plus grand nombre de Québécois, il aura en main tout ce qu’il faut pour s’assurer une victoire convaincante.
Impossible sans la droite
Or, la souveraineté du Québec ne sera jamais envisageable sans la contribution de tous les Québécois, incluant les Conservateurs. Étant exclue de tous débats depuis les dix dernières années, la société n’a cessé de reculer. Est-ce normal que les Conservateurs se sentent plus Albertains que Québécois? Je lance le défi de décrire le contexte des Albertains à n’importe quel Conservateur. Je suis convaincu qu’il rêvera d’y vivre le reste de ses jours. Est-ce normal que les parents ne puissent plus opter pour une école confessionnelle pour leur enfant? Est-ce normal qu’une fille de 14 ans puisse se faire avorter sans que l’école en informe ses parents? Est-ce normal que le Gouvernement ne consulte pas les hétérosexuels lorsqu’il est question de leur enlever un privilège historique et universel? Est-ce juste de favoriser les femmes au travail et pénaliser les femmes au foyer? Est-ce normal que la victime ne soit pas indemnisée et que l’agresseur s’en tire avec des peines en deçà des conséquences de l’offense? Un Québec qui oublie sa droite ne peut aspirer à être souverain. Est-ce que le PQ est prêt à sacrifier la démocratie pour arriver à ses fins? Veut-il un pays au détriment d’un peuple? Est-ce qu’un parti véritablement populiste peut se contenter de fermer les yeux sur les préoccupations des Conservateurs? S’il le fait, qui en seront les véritables victimes?
Rêve ou cauchemard
À moins que les Conservateurs puissent retrouver leurs écoles, le PQ n’aura pas les conditions gagnantes en main. Le PQ a le choix : perdre avec la gauche ou gagner avec la droite. En intégrant de véritables Conservateurs dans les sphères d’influence du PQ, ce parti pourra aspirer à une victoire. C’est clair! Si le Québec recentre véritablement son discours, ce qui le distinguera du reste du Canada, sera sa langue. Pourquoi s’assumer en tant que pays, si la langue n’est pas l’élément central? Par la langue, l’autodétermination devient évidente. Pour y arriver, le PQ doit réviser ses stratégies et susciter un lieu invitant pour tous les Québécois.
Par ailleurs, si le PQ ne réussit pas à réunir toutes les conditions gagnantes d’ici 2008-2009, le Québec ne sera jamais un pays. En d’autres mots, si le PQ ne réussit pas à faire rêver les Conservateurs d’un pays à bâtir, il ne peut compter sur eux pour y arriver. En rassemblant tous les Québécois, en rassurant les citoyens de tout horizon, le PQ sera suffisamment crédible pour convaincre les électeurs du bien fondé de leur projet de société. En vain, le PQ ne pourra se donner un pays sans l’apport des Conservateurs. À moins d’un signal clair et concret, nous devons en conclure que le PQ veut systématiquement affranchir le Québec de l’apport des Conservateurs. Le PQ aspirerait donc à se donner un pays où les Conservateurs n’auraient pas leur place, entraînant ainsi leur élimination. Cela pourrait être interprété comme si, somme toute, le PQ n’est pas véritablement intéressé à ce que le peuple du Québec soit enrichi par les promoteurs d’une morale et d’une éthique empreinte de dignité.
Conclusion: favoriser les prêtres de l’étatisme
Se prévaloir presqu’uniquement des intérêts de la gauche, comme l’entreprend depuis plus de trente ans le mouvement souverainiste, contribue à la marginalisation des valeurs conservatrices. Or, marginaliser les valeurs conservatrices, signifie enlever des droits aux parents, aux couples hétérosexuels, à la famille historique et universelle. L’agenda caché derrière le rejet systématique des intérêts des Conservateurs serait-il de limiter de plus en plus l’expression publique des groupes religieux? En donnant plein pouvoir à l’État, en excluant de la société civile les mouvements religieux, les symboles et leurs manifestations publiques, les souverainistes ne veulent pas donner un pays, comme ils le prétendent haut et fort, à tous les Québécois. Au contraire, ils veulent se donner une religion où le gouvernement contrôle tout, pourvu qu’ils aient en retour du pain et des jeux.
Posons-nous la question : si le mouvement souverainiste exerçait la même impartialité sur les groupes ethniques qu’il le fait sur les Conservateurs? Serions-nous en mesure de le qualifier d’exclusif? C’est pourquoi, il est temps que les Conservateurs se donnent des outils pour se réunir. La propagande anti-démocatrique actuelle, véhiculée sur le dos des Conservateurs, ne fait que contribuer à l’affaiblissement de la société québécoise. Le suicide, l’euthanasie, la diminution du nombre de femmes désireuses de garder leur enfant, l’endoctrinement en milieu scolaire, l’effondrement de la famille historique et universelle ne font que démontrer l’effet de cette propagande discriminatoire et arbitraire.
Avant de prôner un état souverain, les Québécois ont intérêt à questionner les prêtres de l’étatisme. Ces derniers, crédibilité oblige, ont intérêt à offrir aux parents, rien de moins que le droit d’éduquer leurs enfant en fonction des valeurs de leur choix dans une société véritablement démocratique et respectueuse de ces droits. À défaut, la bonne foi des prêtres de l’étatisme pourrait drôlement être remise en cause. Et conséquemment, la confiance du peuple en leur capacité de diriger un état souverain risque d’incarner l’ultime condition manquante.
En protégeant leurs acquis, ils ont manifesté leur mépris pour la démocratie. Ce mépris démontre bien que le PQ n’est pas adéquatement outillé pour diriger un pays. La condition manquante sacrifiée a été et sera le prix à payer pour avoir floué la démocratie.
Au fond de lui, tout Québécois francophone serait fier de vivre dans un pays entièrement français, respectueux de la langue anglaise, reconnaissant l’apport enrichissant des communautés ethniques et culturelles. Les Québécois ont besoin d’obtenir des garanties claires. Vivre ce rêve est à portée de tous. À moins d’une prise de conscience sérieuse du PQ, ce rêve risque de demeurer comme tel passablement longtemps …
Éric Lanthier, M. Éd.
