NDLR: Tous les lundis, maintenant, je publie l’article hebdomadaire de Jacques Brassard, en guise de solidarité. Je vous invite à émettre vos commentaires directement sur son blogue:
http://blogjacquesbrassard.blogspot.com/2010/02/le-parti-quebecois-la-croisee-des_14.html
PARTIE II
Je n’entends pas être exhaustif (Joseph Facal, mon ancien collègue, lui, l’a fait de façon remarquable), mais je me permets, à titre d’exemples et pour illustrer mon propos, de signaler quelques virages que le PQ devrait prendre s’il entend vraiment faire œuvre utile et contribuer à une nécessaire régénération de la nation québécoise.
D’abord, il faut d’urgence enclencher une contre-réforme en éducation. Joseph Facal aussi en a fait une priorité. Je ne reprendrai pas ce que j’ai écrit dans des billets précédents, mais je rappelle qu’il nous faut purger l’école de l’idéologie constructiviste en en refaisant un lieu de transmission et d’acquisition de connaissances (les savoirs de base) et, d’autre part, désencrasser le cursus scolaire de toute la dogmatique multiculturaliste qui exalte le vivre-ensemble tout en disloquant la fibre identitaire présentée comme une régression dans l’archaïsme. Il va falloir un sacré courage pour affronter et neutraliser la caste des intello-pédagogues qui domine le système.
Deuxièmement, et en lien avec la contre-réforme en éducation, il faudra déloger l’idéologie multiculturaliste au cœur de la politique d’accueil et d’intégration des immigrants. Ça commence par une relance vigoureuse de la protection et de la promotion du français. Sur ce plan-là, le PQ est heureusement conscient de la dégradation de la situation linguistique au Québec. Non seulement chez les nouveaux venus mais aussi chez les jeunes Québécois de souche chez qui la fierté à l’égard du français, langue maternelle, est en voie d’affaissement. Inquiétant! Par ailleurs, le processus d’intégration des immigrants doit conduire à terme à l’assimilation. L’Europe nous montre où peut conduire la non-intégration des nouveaux venus à la communauté nationale : une islamisation intensive de quartiers entiers des grandes villes où l’état de droit n’existe plus, où la charia s’applique, où la police a cessé pratiquement de patrouiller, où l’incendie de voitures est un sport collectif, où les femmes sont traitées en esclaves, où la violence islamiste sévit à l’état endémique, où la haine du pays d’accueil est un sentiment dominant. Ça vous intéresse? Continuons d’appliquer le communautarisme multiculturaliste et c’est ce qui vous nous arriver.
Mais, attention! Le PQ va devoir se confronter avec le clergé multiculturaliste et «vivre-ensembliste». Ces curés et leurs bedeaux viennent de signer un Manifeste pour un Québec Pluraliste dans lequel ils discréditent ceux qu’ils désignent sous le nom de «nationalistes conservateurs», deux vocables qui, à leurs yeux, constituent une appellation dégradante. Et ce clergé est très arrogant et fort prétentieux. «Selon certains nationalistes conservateurs, écrivent-ils, la diversité ne serait qu’apparente. Il y aurait au Québec une majorité silencieuse qui n’aurait jamais renié ses valeurs traditionnelles, représentant notre véritable identité. Cette rhétorique reflète davantage le volontarisme de ses défenseurs qu’une quelconque réalité de la société québécoise.» Le procédé est plein de morgue et de fatuité. Il consiste à présenter comme un fantasme, une chimère, la conviction des archaïques «nationalistes conservateurs» affirmant que la communauté majoritaire est attachée à son identité, à sa culture, à son histoire.
Le PQ doit être bien conscient que le clergé «vivre-ensembliste», bien incrusté dans tous les recoins des hautes sphères intello-universitaires et technocratiques, va tout mettre en œuvre pour le culpabiliser en l’accusant de ne plus être «progressiste» et «de gauche». Là aussi, il devra résister et faire preuve de courage.
Troisième volet : les finances publiques. Récemment, le PQ semblait vouloir, face à l’endettement public exorbitant et au retour des déficits, préconiser un contrôle serré des dépenses et même un dégraissage de l’État. C’est plus facile à dire qu’à faire. Ceux qui ont vécu l’Opération Déficit Zéro en savent quelque chose. Le Gouvernement libéral promet lui aussi de s’engager dans cette voie. Il s’agit là d’une opération obligatoire et, je dirais, de salut public. On ne peut s’y soustraire. Et cela suppose que la classe politique se soit dépouillée de ses vieilles accoutumances étatistes. Le « tout-à-l’État» n’est plus de mise. Cela suppose également que le PQ mette un terme à son habitude congénitale de copinage clientéliste avec le corporatisme syndical. Ce qui sera déchirant pour plusieurs. Mais nécessaire.
C’est toutefois déjà mal parti. À l’Assemblée Nationale, dès l’ouverture de la session, Mme Marois a pressé (avec raison) le gouvernement de se montrer rigoureux dans la gestion des dépenses publiques, mais aussitôt hors de la Chambre, elle est allée à la salle des conférences de presse reprendre son slogan de campagne «un enfant, une place» ce qui implique une dépense de plus d’un milliard et demi de dollars. Adieu la cohérence! D’ailleurs, il nous faudrait bien admettre qu’en matière de service de garde, nous avons fait une erreur en privilégiant le financement direct d’un seul type de garderie plutôt que de verser l’argent aux parents qui auraient eux-mêmes choisi le mode de garde qui leur convient. Il en a résulté une syndicalisation générale accompagnée d’une négociation centralisée avec, comme conséquence, la formation d’un autre réseau para public extrêmement coûteux s’agglutinant à ceux (santé, éducation) déjà en place. Il faudra un courage d’acier pour oser remettre en cause cette Huitième Merveille du Monde.
Tout le monde sait que le système de santé est le poste budgétaire le plus important. Comment s’engager dans une aussi vaste opération de contrôle des dépenses sans prendre en compte l’incapacité chronique de l’État, depuis des décennies, à maîtriser les coûts de la santé? Comment ignorer que les milliards qui s’engouffrent dans ce puits sans fond n’empêchent pas la dégradation du système? Comment ne pas prendre acte que cet effort financier gigantesque par la voie fiscale ne débouche, selon l’économiste Valentin Petkantchin, «que sur des pénuries, des rationnements et des files d’attente chroniques».
La classe politique (et le PQ au premier chef) saura-t-elle lever les tabous et faire sauter les verrous qui bloquent la réflexion sur la santé? Une chose est sûre, les systèmes étatisés comme le nôtre se caractérisent par une augmentation incontrôlable des coûts (et donc, du financement par l’État) associée à une diminution alarmante de l’accessibilité aux soins. Il faudrait une indispensable largeur d’esprit pour, comme le conseillait l’ancien ministre Philippe Couillard, «autoriser l’ouverture de plus de cliniques privées associées, permettre aux médecins québécois de pratiquer dans le privé et autoriser les Québécois à contracter des assurances privées pour des actes couverts par le régime public». Il est vrai qu’il aurait pu, au moment où il était un ministre respecté et crédible, s’efforcer d’avancer dans ces directions. En a-t-il été empêché? Ce qui pourrait expliquer son départ.
Enfin, toutes ces grandes manœuvres ne sont guère possibles si, en même temps, le gouvernement ne met pas en branle un immense effort de croissance économique. La classe politique québécoise (libéraux et péquistes), complètement tétanisée par l’idéologie verdoyante, est parfaitement inapte à concevoir et à soutenir une vraie politique de développement. On le voit très bien avec la façon dont on a paralysé l’exploration et l’exploitation du gaz et du pétrole sur le territoire québécois, se privant ainsi d’investissements productifs, d’emplois rémunérateurs et de précieuses redevances. Et que dire du Plan Nord qui n’est qu’une coquille sur laquelle pèse déjà le veto autochtone? La meilleure illustration de cette indifférence générale, pour ne pas dire de cette hostilité, à l’endroit du développement économique, c’est cette poussée d’hystérie collective qui s’est emparée récemment de la communauté de Sept-Iles, accompagnée d’un chantage à la démission des médecins du coin, au sujet de la possibilité d’ouverture d’une mine d’uranium dans les environs. Et pendant ce psychodrame, pas un traître mot de la part du ministre des mines pour réfuter les inepties sur le sujet. C’est ça le problème, au Québec. Les politiciens laissent tomber tout projet créateur de richesses et d’emplois sitôt que la moindre opposition, la plupart du temps de nature écologique, et la plupart du temps fondée sur des niaiseries, surgit dans le décor.
Et justement, quelques mots sur l’écologisme. S’il est nécessaire de poursuivre la lutte contre toutes formes de pollution et de continuer les efforts d’économie d’énergie, il faudrait que les partis politiques prennent leurs distances avec l’idéologie réchauffiste dont les fondements scientifiques sont en voie d’effritement et qui, surtout, ne génère que des mesures et des politiques anti croissance et anti-développement. Il conviendrait d’ailleurs de jeter à la poubelle le concept nébuleux et équivoque de «développement durable», pour la simple raison que tout projet de développement économique, comme par le plus curieux des hasards, n’est jamais jugé…durable.
Vaste chantier, me direz-vous! Exact! Et je connais la question qui vous trotte dans la tête : le PQ est-il capable d’un pareil changement de cap? Ou ne fera-t-il qu’attendre que le Pouvoir, en vertu de l’alternance, lui tombe entre les mains, comme un fruit mûr?
Jacques Brassard

