Lors de son passage à “Tout le monde en parle”, la grande messe du dimanche soir, Pauline Marois a fait un plaidoyer en faveur du crucifix à l’Assemblée Nationale du Québec. Lui a-t-on conseillé de charmer les théistes chrétiens? Possible, mais est-ce de la poudre aux yeux ou un élan du cœur?
Le contexte
Avant d’évaluer les motifs de Pauline Marois, j’aimerais replacer le contexte des dernières semaines. Cela nous permettra de mieux cerner dans quel contexte elle croit, comme Jean Charest, à la présence du crucifix à l’Assemblée nationale. Le tout a commencé par le dépôt du rapport Quérin. En affirmant que le cours d’ÉCR endoctrine les enfants dans le multiculturalisme, Joëlle Quérin a réussi à ragaillardir le débat sur la place de ce cours (1). Son influence a eu un effet tel, que Pierre Curzi proposait de retirer ce cours du curriculum. Suite à cette sortie, Pauline Marois a tapé sur les doigts de son critique en matière d’éducation. Ces interventions ont inspiré plusieurs journalistes et blogueurs à faire le point sur ce cours et par le fait même, sur l’identité québécoise. On peut dire que Joëlle Quérin était au bon endroit, au bon moment.
Surprise ou stratégie
Malgré qu’elle aie exprimé des réserves quant à l’abolition du cours d’Éthique et culture religieuse et malgré qu’elle aie été l’instigatrice de la déconfessionnalisation du système scolaire, Pauline Marois semble développer une sympathie pour le crucifix à l’Assemblée nationale. C’est ce qu’elle a révélé à “Tout le monde en parle”, le 21 février dernier (2). La question que l’on doit se poser est la suivante :
« Peut-on croire que Pauline Marois tient tant à notre patrimoine religieux? »
Se poser la question c’est y répondre, spécialement, si le passé est garant de l’avenir!
Sérieux doutes basés sur des faits
J’ai de sérieux doutes quant à la sincérité de Pauline Marois en matière de reconnaissance des libertés religieuses des Québécois. Si c’était le cas, pourquoi n’a-t-elle pas empêché François Legault de déconfessionnaliser les écoles publiques (3)? Pourquoi n’a-t-elle pas plaidé contre l’amendement de l’article 41 de la charte des droits et libertés, soustrayant des pouvoirs aux parents en milieu scolaire (4)? Pourquoi est-elle prête à reconnaître les droits confessionnels des Amérindiens au Québec mais pas ceux des citoyens de la nation Québécoise (5) ? Pourquoi ne dénonce-t-elle pas le fait que le MLQ poursuit le maire Tremblay de Saguenay pour avoir agit de manière criminelle en priant avant une rencontre du conseil de ville (6)? Pourquoi ne décrit-elle pas que l’école n’aura plus à obliger les élèves d’être en congé à Noël, à Pâque et à l’Action de grâce (7)? Son intérêt pour le crucifix me semble être une stratégie de communication pour récupérer les nationalistes et les indépendantistes déçus de l’intransigeance péquiste envers l’affirmation de notre patrimoine en milieu scolaire et sur la place publique. Cette sortie est stratégiquement intéressante mais somme toute, peu convaincante. Lorsque la chef du PQ affirmera haut et fort que son parti va reconnaître les droits confessionnels des Québécois, elle aura la crédibilité de porter le message identitaire. À défaut, être Québécois, c’est d’être réduit à un territoire, parler la langue française et autoriser la présence d’un crucifix. Or, être Québécois, c’est ça et bien plus que ça… Être Québécois c’est être fier de son histoire, de son passé, des traditions et du courage de nos prédécesseurs.
Être indépendant sans pouvoir civique
Le flambeau identitaire passe définitivement par la liberté de choisir. Avant de choisir si nous voulons former un pays, nous devons être en mesure de pouvoir être autorisé à faire des choix en tant que parent et citoyen. Au Québec, nous avons besoins de politiciens qui vont promouvoir :
- le droit des parents de choisir une école selon leur vision du monde
- le droit d’exemption au cours d’ÉCR
- l’émergence de consultations populaires sur des enjeux sociaux
À moins d’obtenir ces droits, à titre de citoyen, ça ne vaut pas la peine de s’exclure et de s’isoler sur nous-mêmes pour vivre dans un pays à l’image du Mouvement laïque québécois (8).
Question du jour?
Croyez-vous que le plaidoyer de Pauline Marois en faveur du crucifix est un pas vers la reconnaissance de notre patrimoine chrétien?
Éric Lanthier, M. Éd.
Le blogueur!
1. http://irq.qc.ca/storage/etudes/IRQ_Etude_ECR.pdf
2. Journal Métro, le lundi 22 février 2010, page 3 :
« Ce crucifie fait partie de notre patrimoine historique, on ne doit pas renoncer à notre histoire pour être complètement neutre. »
3. http://www.assnat.qc.ca/Indexweb/Recherche.aspx?cat=ex&Session=jd36l1se&Section=projlois&Requete=6947-53&Hier=118%20-%20Loi%20modifiant%20diverses%20dispositions%20l%E9gislatives%20dans%20le%20secteur%20de%20l%27%E9ducation%20concernant%20la%20confessionnalit%E9_Adoption_6947-53
4. Énoncé original (1982)
« Les parents (…) ont le droit d’exiger que, dans les établissements d’enseignement publics, leurs enfants reçoivent un enseignement religieux ou moral conforme à leurs convictions, dans le cadre des programmes prévus par la loi. »
Modification apportée par la loi 95 (Juin 2005)
« Les parents ou les personnes qui en tiennent lieu ont le droit d’assurer l’éducation religieuse et morale de leurs enfants conformément à leurs convictions, dans le respect des droits de leurs enfants et de l’intérêt de ceux-ci. »
5. Lois sur les Indiens chapitre 1 à 5, article 120-121 : http://lois.justice.gc.ca/PDF/Loi/I/I-5.pdf ou http://lois.justice.gc.ca/fr/I-5/TexteComplet.html
6. http://www.cyberpresse.ca/le-quotidien/le-quotidien-du-jour/201002/24/01-954730-proces-de-la-priere-jean-tremblay-veut-gagner-son-ciel.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=envoyer_cbp
7. En amendant l’article 19 du régime pédagogique, l’école québécoise ne sera plus tenue de respecter les congés de Noel, de Pâques et de l’Action de grâce : http://www2.publicationsduquebec.gouv.qc.ca/dynamicSearch/telecharge.php?type=2&file=//I_13_3/I13_3R8.htm
8. http://www.mlq.qc.ca/interventions-militantes/priere-municipale/appel-02-2009/


« Croyez-vous que le plaidoyer de Pauline Marois en faveur du crucifix est un pas vers la reconnaissance de notre patrimoine chrétien? »
Je vais en faveur de la poudre aux yeux: rien va bouger c’est « juste des paroles », parce que sa parole, dans ce contexte, est peu valable. Je n’ai pas entendu ses propos, mais d’après moi, elle sait faire sa job de « politicien bonne figure ».
Ca nous dit on vous aime, on pense a vous, on vous consulte, mais on fait ce qu’on veut. Allez jouer dehors les enfants!
Comme vous dites, la journée qu’elle prendra des actions, mon opinion pourra changer. Pas avant.