NDLR: Tous les lundis, maintenant, je publie l’article hebdomadaire de Jacques Brassard, en guise de solidarité. Je vous invite à émettre vos commentaires directement sur son blogue:
http://blogjacquesbrassard.blogspot.com/2010/02/chicane-autour-de-la-perequation.html
Plantons le décor et décrivons la scène. Nous sommes à Copenhague, à l’occasion de la Grande Parlote Réchauffiste. Les Verdoyants, tels l’ineffable gourou Steeven Guilbeault et l’activiste du Bloc, Bernard Bigras, s’agitent et se démènent. La cible de leurs anathèmes, c’est le PM Canadien, Stephen Harper, « le pelé, le galeux », l’infâme pollueur, l’ignoble protecteur des exploiteurs des sables bitumineux de sa Province d’origine, l’Alberta. Ils s’en donnent à cœur joie!
Et voilà que débarque dans la capitale danoise, le PM du Québec, Jean Charest. Ce dernier a revêtu, depuis quelques années, la défroque de l’écolo plus vert que vert. Et sa ministre, Mme Beauchamp, pour ne pas être en reste, copine avec les Verdoyants et les courtise servilement. Un duo de choc! Et M. Charest bombe le torse et se vante que le Québec soit à l’avant-garde en matière de niveau d’émission de CO2. Évidemment, il omet de dire que cette performance n’est d’aucune façon le fruit d’une politique vigoureuse de réduction des gaz à effet de serre, mais tout simplement le résultat d’une production d’électricité essentiellement d’origine hydraulique. Au fond, le vrai écolo, c’est Robert Bourassa, mais ce n’est pas par clairvoyance, mais par accident, par inadvertance, puisqu’à l’époque, l’idéologie réchauffiste était dans les limbes.
Mais là où ça dégénère en escarmouche acrimonieuse dans les abords du souk réchauffiste de Copenhague, c’est lorsque le PM du Québec, en plus de plastronner et de fanfaronner, se met à donner des leçons de rectitude écologique au PM du Canada. Là, ça dépasse les bornes!
C’est alors que les scribes fédéralistes de la Presse jugent déplacée et inconvenante la conduite de M. Charest et vont lui reprocher de jouer les écolos « bon chic, bon genre » en dénigrant l’Alberta, l’infréquentable Province, la parvenue vulgaire qui fait son fric en exploitant les hydrocarbures dont les sables bitumineux. L’obscénité de la posture du PM du Québec leur apparait d’autant plus insoutenable lorsque l’on sait que les milliards de péréquation que reçoit le Québec proviennent très largement de l’Alberta.
La réplique est venue des scribes appartenant à l’autre grande entreprise médiatique, Québécor. Les chroniqueurs de la Presse, affirment-ils, ne font que profiter de l’occasion de cette altercation Québec-Canada pour souligner les effets bénéfiques de « l’argent-sale-du-pétrole » et blanchir du même coup leur Grand Boss, Paul Desmarais, qui détient des participations substantielles dans le groupe Français Total qui, lui, est un acteur majeur de l’exploitation des sables bitumineux de l’Alberta. Divertissante querelle entre les deux grands conglomérats de la presse québécois!
Mais au-delà de ces chicaneries, qu’en est-il exactement de l’état actuel du système de péréquation, un des fondements du régime fédéral? Regardons les chiffres. En 2010-2011, il se versera 14,4 milliards de dollars aux provinces pour compenser leur « faiblesse fiscale ». Combien de provinces vont en bénéficier? Six : le Québec, le Manitoba, le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse, l’Ile du Prince-Édouard et, depuis cette année…l’Ontario. Rendez-vous compte! L’Ontario, le socle économique du Canada depuis des décennies, qui se retrouve désormais dans la position humiliante de bénéficiaire de péréquation ( près d’un milliard l’an prochain ).
Quant au Gouvernement du Québec, entre vous et moi, ça fait drôlement longtemps qu’il ne ressent plus de honte à recevoir des provinces riches des milliards de dollars en transitant par le fédéral. En 2010, c’est 8,5 milliards que l’État québécois va se voir octroyer en péréquation. Il semble bien aussi que le Québec ne se sente pas le moins du monde gêné par le fait que la province la plus pauvre depuis toujours, Terre-Neuve, ne reçoive plus de péréquation depuis l’an dernier.
Par conséquent, sans avoir besoin de se porter à la défense du magnat de la finance, Seigneur de Sagard, Paul Desmarais, il est tout à fait pertinent de mettre en évidence l’arrogance et l’effronterie de M. Charest jetant son mépris sur les Albertains qui, pourtant, évitent à son gouvernement de faire banqueroute. Il y a quelque chose de profondément scabreux dans l’attitude et la posture d’écolo « pur et dur » adoptées par le PM du Québec à l’égard de l’Alberta. Il fait le faraud avec le pognon de ceux qu’il traite de malpropres. Il me semble qu’il pourrait se permettre…une petite gêne!
Au lieu de jouer au Sauveur de la Planète, tout en empochant le fric des Barbares, M. Charest devrait prendre modèle sur… Terre-Neuve. Comment la plus pauvre des provinces est-elle parvenue à s’extirper de l’assistanat fédéral? En exploitant, comme l’Alberta, les hydrocarbures dans ses eaux limitrophes. Et, il n’est pas inutile de le signaler, sans le moindre dégât écologique. Je l’ai souvent écrit lorsque j’étais chroniqueur, le Québec doit lui aussi ( comme Terre-Neuve, l’Alberta et la Nouvelle-Écosse ) mettre en œuvre une vigoureuse politique d’exploration et d’exploitation de notre potentiel gazier et pétrolier.
Et ce potentiel est bien réel. Il n’a rien de chimérique. Ai-je besoin d’évoquer les effets bénéfiques d’une telle politique sur les finances publiques du Québec. Des découvertes majeures suivies de leur mise en exploitation pourraient à n’en pas douter se traduire par des milliards de dollars dans les coffres de l’État.
Mais pour qu’une feuille de route aussi ambitieuse puisse être mise en route sans plus attendre, il y a une condition incontournable à respecter : il faut à la tête de l’État un Gouvernement mû par une détermination à toute épreuve et doté d’un courage politique…incassable. Malheureusement, les derniers gouvernements au Québec ont manifesté une regrettable prédisposition à s’aplatir devant les Verdoyants. Il suffit que l’on brandisse des pancartes pour défendre les pauvres baleines où pour vitupérer contre le sale pétrole ( cette matière diabolique ) et voilà qu’aussitôt le Gouvernement capitule et signe sa reddition.
Et à propos des sables bitumineux, n’oublions pas que c’est Radio-Canada qui, dans un reportage très hostile, a forgé le symbole par excellence de la catastrophe écologique. Est-ce si horrible que cela? Peut-on s’en indigner au point de désigner le Canada, comme le fait mon ancien compagnon de route Jean-François Lisée, comme un État voyou? Quand même! Faut pas charrier! Les sables bitumineux exploitables couvrent 0,1% de la forêt boréale canadienne. On est loin du cataclysme forestier. Et 80% de l’eau puisée dans la rivière Athabasca pour des fins industrielles est recyclée.
Concluons. Pourquoi la capacité fiscale du Québec est-elle depuis toujours au-dessous de la moyenne canadienne , ce qui fait en sorte que l’État québécois est depuis toujours inscrit au « BS fédéral » ? La réponse est simple : développement économique insuffisant. Et l’une des actions à entreprendre pour corriger cet état de sous-développement, ce serait de se doter d’une solide industrie pétrolière (Eh! Oui! Comme l’Alberta et Terre-Neuve).
Et une petite question pour les souverainistes : croyez-vous que c’est en se maintenant dans l’assistanat fédéral et la dépendance fiscale que l’on va créer des conditions favorables à l’accession à la souveraineté?


[...] Chicane autour de la péréquation [...]